Pour bénéficier de ses droits fonciers, le propriétaire doit disposer d’un certificat de sa propriété. C’est l’une des solutions préconisées par le projet Why Women pour remédier aux lacunes du droit foncier des femmes au Burundi. Notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira décortique la réussite de cette solution dans la province de Muyinga, plus précisément dans la commune Buhinyuza.

Cap vers la commune Buhinyuza de la province Muyinga. Cette région du nord-est du Burundi a été sensibilisée sur les avantages et bienfaits de la certification foncière en faveur des femmes, dans le cadre du projet Why Women. Face à cette sensibilisation, les effets positifs n’ont pas tardé à se manifester. « Sur les 30 873 parcelles reconnues dans 12 collines de la commune Buhinyuza, 30 581 certificats fonciers ont pu être signés. De ces certificats, 1 984 certificats appartiennent à des femmes contre 28 242 pour les hommes. De plus, 59,5 % des hommes ont mentionné leurs épouses sur les certificats et 21,5 % des femmes ont mentionné leurs conjoints », confie Balthazar Nzohabonimana, agent foncier communal à Buhinyuza.

Ce qui fait le plus de joie aux femmes de Buhinyuza, c’est que la mention de la conjointe sur le certificat foncier a su garantir le droit d’accès des femmes à la terre, tout en prévenant les conflits fonciers qui pourraient surgir en cas de décès de l’un des deux époux. Manirampa Janvière, mère de trois enfants, en témoigne : « Le fait d’être inscrit sur le certificat foncier m’a donné le pouvoir et la parole sur les récoltes, alors qu’avant, je n’avais aucun mot à dire sur la dilapidation de la récolte par mon mari ou une preuve pour défendre mon droit de propriété ».

Mais, comme l’affirme Manirampa, cela n’a jamais été une sinécure. « Certains hommes semblaient perplexes quant à l’idée de faire inscrire leurs femmes sur les certificats fonciers. Pour d’autres femmes, elles ont dû se battre dans les tribunaux pour figurer sur ces certificats », renchérit-elle.

Le chemin vers la prospérité

La certification foncière est venue pour donner une place aux femmes dans la société burundaise. Au-delà des effets qu’elle a sur la société, le processus de certification a permis aux femmes propriétaires foncières d’obtenir des prêts auprès d’institutions de microfinance, en particulier pour des activités génératrices de revenus. « Aujourd’hui, je suis venue récupérer mon titre de propriété que je considère comme mon diplôme. Grâce à ce titre, je suis en mesure de demander un prêt dans une institution de microfinance, d’exercer des activités génératrices de revenus et d’offrir une vie décente à ma famille », a indiqué Ndikuriyo Annonciate, une bénéficiaire du titre.

Au tribunal de résidence de Muyinga, c’est un grand fardeau que cette certification a allégé de cette instance judiciaire de base. « Aujourd’hui, le nombre de nouvelles affaires foncières enregistrées sont passées de 20 à environ 5 affaires chaque mois », souligne le Juge président à ce tribunal.Du côté de l’administration, Espérance Ndayisaba, administratrice de Buhinyuza, voit la certification foncière sous le prisme d’un facteur de développement. Sécurisées dans leurs propriétés foncières, les femmes de sa commune s’attellent aux travaux de développement et augmentent leur production agricole parce qu’elles cultivent leurs lopins sans crainte d’avoir des problèmes avec leurs familles. « La commune y gagne doublement en raison de la diminution de conflits et de l’augmentation de revenus des ménages qui conduisent à l’amélioration de leurs conditions de vie », renchérit l’administratrice, avant de scander comme Why women que la possession du certificat foncier est un grand atout pour la femme burundaise.

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