Alors que le Burundi fait face à une pénurie de sucre et de la bière, notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira démontre que derrière cette pénurie, trois grands défis sont à relever pour lutter contre cette pénurie.

Trouver du sucre, de la bière Amstel ces jours-ci, est un vrai parcours du combattant. Non seulement, c’est introuvable, mais les prix ont triplé ou quadruplé. Un petit tour dans les kiosques de Gitega témoigne que le sucre se vend à 6000 BIF le kg au lieu de 2500 BIF. L’Amstel 72 cl s’achète à 2200 BIF au lieu de 1900. La royale est vendue à 2500 BIF alors qu’elle s’achetait à 2200 BIF. Face à ces pénuries récurrentes, la Sosumo et la Brarudi, les entreprises productrices, se veulent toujours rassurante que la production est suffisante, et pointe du doigt la spéculation comme cause majeure de cette pénurie. Mais, loin de là, trois raisons peuvent expliquer la cause de cette pénurie.

Demande forte, offre faible

Selon les principes économiques de base, quand ’il y a une pénurie, c’est que la quantité demandée excède la quantité offerte sur le marché. Il y a donc une pression à la hausse sur les prix pour venir rééquilibrer l’offre et la demande. Le cas du sucre et de la bière ne fait pas exception au Burundi. Selon les statistiques de la banque centrale, après sa naissance, la Sosumo n’a pu satisfaire la demande locale que durant trois ans seulement, témoignant que la demande dépasse nettement l’offre. Si ces produits manquent, il faut se tourner vers des réformes qui vont augmenter les investissements dans ces secteurs, donc l’offre. 

Hyper-régulation de l’Etat

La réalité est là. Le pouvoir public veut tout maîtriser à travers la régulation de l’offre et de la demande, pour la fixation des prix. Dans certaines provinces du pays, comme à Gitega, une commission permanente a été mise en place avec un organe de surveillance des prix. Et toute personne qui ne respecte pas les prix officiels s’expose à une amende de 50 mille francs. Or, selon un dicton libertarien, qui fixe les prix récolte la pénurie. Ainsi, plus le gouvernement contrôle les prix, plus il n’y a pas de profit et d’engouement de la liberté commerciale, et les commerçants ont tendance à abandonner ce produit ou à spéculer sur le prix. Selon la banque mondiale, le poids excessif des réglementations à l’entrée sur le marché, va de pair avec une baisse du niveau d’investissement privé, une hausse des prix à la consommation, une aggravation de la pénurie et une extension de l’économie informelle.

Une crise de monopole

L’évidence est là. Que ce soit pour le sucre ou la bière, il n’y a aucune concurrence. Les entreprises productrices règnent en monopole. Et cela n’est pas sans conséquence, car les entreprises en situation de monopole sont peu incitées à réduire leurs prix, à améliorer leurs produits, peu incitées à investir pour accroître les capacités productives et sont souvent en mesure de tourner les règles du jeu à leur avantage. Par-là, ce sont les consommateurs qui en payent le prix fort. La meilleure situation devrait être un espace ouvert permettant aux entreprises privées de se faire concurrence. Car, même si en 2018, la Sosumo a été soi-disant privatisé, faisant passer les actions de l’État de 99 % à 46 %, l’État a gardé le contrôle de cette société. 

L’État devrait être plus l’arbitre et moins l’acteur dans son rôle de régulation économique. Plutôt que de vouloir tout contrôler, il serait plus efficace de faire confiance au marché de manière à ce que des prix justes permettent d’équilibrer la demande et l’offre. Le pouvoir public, peu importe la noblesse de ses intentions patriotiques, devraient laisser les prix jouer librement leur rôle et envisager d’autres politiques pour atteindre leurs objectifs.